Plusieurs oeuvres partent en voyage

À partir de ce lundi 13 janvier 2025, plusieurs œuvres de nos collections partent se refaire une petite beauté pendant plusieurs jours avant une grande aventure dont on vous parlera tout bientôt.

 

C'est notamment le cas de ces deux tableaux d'Alexander van Bredael (Anvers, 1663 - Anvers 1720) dont les cadres vont bientôt retrouver tout leur éclat :

• Cortège sur la place de l'Hôtel de Ville à Anvers en l'honneur de la monarchie espagnole, huile sur toile, 1697- Inv. P195, legs A. Leleux

 

Avec son Hôtel de Ville d'esprit Renaissance flamande et le rang des maisons des corporations du 16e siècle, la Grand'Place d'Anvers offre un décor architectural d'envergure à ce majestueux Ommegang qui se tenait traditionnellement le 15 août, jour de la fête de Notre-Dame. Précédée par le char de la monarchie espagnole, cette impressionnante procession s'articule autour de saynètes célébrant les différents corps de la ville (corporations de métiers, communautés religieuses) et d'illustrations bibliques et profanes.

 

Le char de la monarchie espagnole présente l'effigie royale accompagnée de sept figures féminines symbolisant les vertus : la Justice, la Prudence, la Force, la Foi, la Tempérance, l'Espérance et la Charité comme un éloge allégorique rendu au Prince.

 

Le thème biblique du Jugement dernier est évoqué par la présence de deux chars en fin de cortège : le premier sous forme d'un dragon symbolise l'Enfer ;  l'autre présentant le Christ ascensionnel illustre le Résurrection des morts.

 

Fête traditionnelle à Anvers avec le géant Antigon, huile sur toile, 1697 - Inv. P125, legs A. Leleux

 

L'espace urbain de la place du Meir à Anvers permet au cortège de déployer toute la magnificence de ses chars processionnels. Celui de Neptune - dieu de la mer et de la navigation - chevauchant une imposante baleine et l'immense voilier assorti de son équipage, évoquent la puissance maritime de la cité portuaire d'Anvers. La présence du géant Druon Antigon assis en majesté illustre l'épisode légendaire à l'origine de la fondation de la ville d'Anvers (Antwerpen) qui signifie " jeter à la mer ". L'ensemble de la composition, teinté de scène empruntées à la vie quotidienne, émane du répertoire truculent de l'école flamande cher à l'artiste.

 

Selon la légende, Druon Antigon rançonnait les navires empruntant l'Escaut, coupant et jetant à la mer la main droite des marins refusant de lui payer tribut. Salvius Brabo met fin à ce despotisme en infligeant au vaincu le même sort. Cette main coupée est, aujourd'hui encore, le motif qui orne les armoiries de la ville d'Anvers.

C'est également le cas pour ce plat rond flamand en terre cuite du 17e siècle, retrouvé à Lille, rue des Oyers en 1891.

 

Ce plat à pâte rouge avait sans doute un usage décoratif comme semble l'indiquer les deux trous percés sur l'aile qui servaient à accrocher le plat. Par sa forme, son fond lisse et son bord épais, il est proche des productions d'Arras. Cependant, son ornementation très particulière témoigne aussi d'une origine flamande. Elle associe diverses techniques : décor à la corne, rehauts d'émail vert et dessin par incision dit à sgraffito qui joue un rôle graphique important.

 

 

Plat rond
Pays-Bas du sud, 1616
Terre cuite à pâte rouge à galçure plombifère
Au centre, tête d'homme barbu ou tête de l'archiduc Albert (1559-1621) dans un médaillon rayonnant
Inv. ML 718/C 1812, achat

Et ce gobelet à surprise aussi appelé verre siffleur ou souffleur, mais aussi gobelet à moulin ou, en néerlandais, moelenbeker.

 

Ce verre vient également de bénéficier d'une campagne de restauration dans le but de partir en prêt très prochainement. Il n'est donc plus visible dans le parcours de visite pour le moment.

Ce type de pièce est le plus souvent réalisé uniquement en argent ; l’alliance du verre et du métal, comme sur celui-ci, est plus rare. Deux interventions ont donc étaient nécessaires pour respecter les spécificités de chaque matériaux et préserver ce témoignage exceptionnel du travail minutieux des orfèvres flamands et lillois. Les restauratrices du patrimoine Émilie Rouquié et Élodie Abadie-Berger se sont occupées respectivement du retrait du ternissement de l'argent et du décrassage du verre. 

 

Ces gobelets sont à usage convivial ; le principe est de souffler dans la rampe du moulin et de boire le contenu avant que les ailes ne s’arrêtent. Les aiguilles du cadran indiquent alors la puissance du souffle. 

Le thème du moulin à vent s’adapte parfaitement au mécanisme de ce gobelet et n’est pas sans rappeler l’omniprésence passée des moulins qui se profilaient à l’horizon des villes. Si l’on regarde de plus près, trois personnages sont représentés sur l’échelle : le meunier, sa femme et un soldat espagnol comme un rappel du pouvoir dominant de l’époque. 

 

 

 

Gobelet ou verre siffleur
Pays-Bas méridionaux, 17e siècle
Orfèvrerie et verre
Matériaux Argent, verre et or
Inv. ML
SPBA 104, achat

À l'occasion du départ des deux tableaux d'Alexander Van Bredael, la présentation évolue avec l'accrochage d'une nouvelle peinture au 1er étage du musée.
Il s'agit de " Lille a bien mérité de la patrie " de Louis Watteau (1793). Ce tableau évoque un épisode héroïque de l'histoire lilloise.

Le connaissez-vous ?



Le 23 septembre 1792, les Autrichiens entourent la ville de Lille et la bombardent du 29 septembre au 6 octobre.
La résistance des Lillois, et de leur renfort, concourt au repli des assiégeants et fut saluée par la Convention nationale (assemblée constituante élue en septembre 1792, au cours de la Révolution française), le 12 octobre 1792, en proclamant le décret : " les habitants de Lille ont bien mérité de la patrie ".
En novembre 1792, le maire de Lille François André Bonte, dit " le maire André " lut ce décret sur les ruines du quartier St Sauveur où plus de 400 maisons ont été entièrement détruites.



Et le saviez-vous ?

La statue de la Déesse érigée sur la Grand' Place en 1845 est le témoignage de cette reconnaissance nationale. Sur son socle est gravée la réponse du maire de Lille à l’ultimatum d’Albert de Saxe-Teschen : « Nous venons de renouveler notre serment d’être fidèles à la nation, de maintenir la liberté et l’égalité, ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures ! »

 

 

Lille a bien mérité de la patrie, Louis Watteau, 1793, huile sur toile - Inv. P 888
Crédit photo RMN-Grand Palais - Stéphane Maréchalle